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L’affirmation de soi : harmoniser nos libertés

  • Photo du rédacteur: francoisregisribes
    francoisregisribes
  • 17 déc. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 déc. 2025

“J’ai du mal à dire non”, “faut que j’apprenne à poser mes limites”, “Maintenant, je pense un peu plus à moi”...  Passage obligé dans nos vies d’adulte, la préoccupation à s’affirmer est omniprésente dans nos conversations. Les contenus sur internet invitant à savoir dire “non”, à arrêter d’être”gentil” ne manquent pas non plus. 

Je l’observe dans ma vie personnelle comme en consultation. Il est rare qu’une thérapie ne passe pas par quelques considérations sur l’affirmation de soi. Qu’il s’agisse d’une dépression, d’un burnout,  de difficultés conjugales ou relationnelles en général, un travail d’affirmation représente systématiquement une aide précieuse pour les patients. 


Un enjeu de société


D’un trouble psycho-somatique à un peu plus d’apaisement, de l'auto-dévalorisation à davantage d’estime, du conflit à plus de clarté en soi et dans ses relations ; le sujet de l’affirmation est non seulement récurrent, mais s’accompagne d’effets réels et significatifs dans la vie des individus. 

Plutôt que d’y voir une panacée, ce phénomène invite à une réflexion socio-culturelle. L’étonnante réceptivité des gens à l'affirmation de soi semble être le fait d’une société individualiste. Pour le comprendre, il convient d’être clair sur ce que recouvre ce terme.


Au sens de la psychologie sociale, l’individualisme consiste à se considérer, soi et les membres de la communauté, comme des entités à part entière, fondamentalement autonomes et indépendantes. On l’oppose au collectivisme, dans lequel les individus sont d’abord envisagés comme membres interdépendants d’un tout. Cette différence modifie profondément la manière dont les relations se régulent. Dans une société collectiviste, l’harmonie relationnelle est largement donnée par les rôles sociaux et les finalités communes. Dans une société individualiste, des individus libres poursuivent leurs propres fins : la régulation du lien ne va plus de soi.

Les travaux de Hofstede et d’autres psychologues sociaux avant lui, démontrent assez clairement le clivage culturelle entre les sociétés orientales collectivistes et les sociétés occidentales nettement plus individualistes. 

Aussi, sans malveillance particulière, votre collègue de travail peut facilement faire irruption dans votre bureau pour faire la conversation sans tenir compte de la gêne occasionnée. La personne que vous fréquentez peut investir la relation de manière plus légère que vous, sans en clarifier les termes, ce qui peut progressivement nourrir un sentiment d’injustice ou d’utilisation. C’est bien moins le cas au Japon où tout un chacun est davantage dans la retenue et l’anticipation du désagrément qu’il peut causer. En Occident, l’Autre poursuivant ses propres fins peut aisément, par négligence, empiéter sur l’espace personnel que vous ne lui interdisez pas explicitement de prendre ; là où l'intérêt du groupe est davantage présent à l’esprit de chaque membre dans une société collectiviste. 


Il suffirait alors de se débarrasser de l’individualisme. Or, ce serait confondre individualisme et égoïsme. S’il permet parfois une attitude égocentrée, l’individualisme est aussi la condition de la dignité de la personne. Puisque chaque membre est une entité à part entière, alors sa liberté, ses valeurs et sa personne comptent. Il est, au nom de l’individualisme, inconcevable de sacrifier une personne au nom de l'intérêt supérieur du groupe. C’est ce qu’exprime l’individualisation de la peine de notre système juridique par exemple. Il s’agit donc plutôt de parier sur une liberté individuelle dont chacun userait pour faire un pas vers le Bien commun.


C'est sur cette logique que s'appuie l’affirmation de soi qui ne consiste pas à accepter d’être égoïste comme on le dit souvent. Elle est d’abord et avant tout un outil de régulation du lien dans une société individualiste où la relation équilibrée à l'Autre n’est pas spontanée. 


Qu’est-ce que l’affirmation de soi


Une définition rigoureuse


Avant d’entrer dans le cœur du sujet, il convenait de donner à l’affirmation de soi la portée collective qui lui revient. Car l’affirmation de soi se définit académiquement comme : 


Une conduite par laquelle une personne fait valoir ses droits tout en respectant ceux des autres,

de manière directe, honnête et appropriée.


  • Par “droits”, on entend, droits fondamentaux en tant qu’humain. Autrement dit, elle concerne la capacité à donner une place à mes besoins, mes émotions, mes valeurs et ma personnalité en les légitimant et en les exprimant tout en laissant la place aux besoins, émotions, valeurs et personnalités des autres de s’exprimer.


  • Par conduite, on entend un ensemble de comportements verbaux (le contenu de ce que je dis), paraverbaux (la manière dont je le dis) et non-verbaux (la posture avec laquelle je le dis) que l’on tient sur le long terme. 


C’est finalement une posture relationnelle par laquelle j’occupe ma juste place parmi les autres.


Les 3 strates de l’affirmation 


Il est essentiel d’insister sur le fait que ce sont bien les comportements verbaux, paraverbaux et non-verbaux qui définissent la qualité de votre affirmation et ses bienfaits. Or, cela n'implique pas nécessairement un coach en rhétorique ou une liste de techniques gadgets pour gagner en charisme. Tout cela découle d’abord des enjeux que vous posez sur une situation d’affirmation. Illustrons cela :


Au cours d’un jeu de rôle en atelier d’affirmation de soi, un patient et moi-même nous entraînons à savoir dire “non” à un verre d’alcool. Je joue un ami à lui, proposant une pinte pour lancer la soirée. Il se montre peu à l’aise, confus dans son propos, balbutiant des excuses difficilement compréhensibles, le dos légèrement courbé, ne me regardant pas tout à fait de face… “Juste un demi pour moi”, finit-il par répondre. J'interromp le jeu de rôle et l’invite à recommencer. Sauf que cette fois, le jeu de rôle consistait à refuser un rail de cocaïne. Je joue le même ami, dans un même contexte festif avec la même légèreté et fait mine de sortir un rail pour lui en proposer. Ce n'est plus la même personne face à moi. Jambes croisées, regard de crooner, main fermement posée sur la table, c’est dans une force calme qu’il décline la proposition sans nervosité ni colère : “Désolé mon ami, ce genre de truc c’est pas pour moi”. 


Il ne s’agit pas toujours d'entraîner directement les comportements. En l'occurrence, il suffisait à ce patient de poser les bons enjeux dont découlent les pensées et émotions favorables à l’affirmation. Face à un rail de cocaïne, l’enjeux est de taille : “trop de risque”, “trop à l’encontre de mes valeurs”, “je fais ce que je dois faire” - aplomb, sérénité, légitimité à décliner sereinement sans se préoccuper de savoir si l’autre sera froissé. Mon patient n’avait alors plus qu’à poser les mêmes enjeux face à un verre d’alcool.


Or, les enjeux, pensées et émotions associés à une situation dépendent des schémas à travers lesquels on la perçoit, c’est-à-dire des croyances profondes sur nous les autres et le monde à travers lesquelles nous percevons le réel. Il fallait à ce brave homme une situation suffisamment extrême pour mettre de côté ses schémas d’abnégation (“Je ne dois pas blesser les autres”) et d’illégitimité (“Je n’ai pas suffisamment d’importance pour imposer mes choix”). 


L’affirmation de soi bien comprise tient donc compte de 3 strates : 


1. Les schémas

2. Les enjeux/pensées/émotions en situations quotidiennes

3. Les comportement 


Comme l’illustre notre exemple, les bons comportements verbaux, paraverbaux et non-verbaux découlent de l’enjeux qu’on pose sur une situation produisant les pensées et émotions favorables à l’affirmation. Enfin, les enjeux, pensées et émotions que l’on a dans une situation donnée dépendent de la perception qu’on en a, laquelle découle directement de nos schémas profonds. Nos 3 strates s’articulent de la manière suivante :


Schéma  Enjeux/Pensées/Émotions quotidiennes  Comportements

 

Le comportement restant l’expression ultime de l’affirmation, la pratique régulière et le jeu de rôle avec auto-observation, feedbacks et ajustement comportemental dans le cadre d’un suivi thérapeutique sont un passage obligé si vous souhaitez réellement développer votre affirmation de soi. Toutefois, identifier vos schémas permet de sérieusement commencer le travail.



Les 4 milieux infantiles et les 6 schémas à l’origine du manque d’affirmation


Quand bien même je crois en l’utilité des informations ci-dessous qui découlent du croisement entre ma formation continue, mes lectures et mon expérience professionnelle, il ne s’agit pas d’un modèle ayant fait l’objet d’une validation statistique.


Les 4 milieux infantiles (perçus)


Milieu maltraitant : environnement relationnel d’enfance négligent, humiliant, manipulateur, agressif ou vécu comme tel. 


Milieu d'amour conditionnel : relation dans laquelle l’amour ou la légitimité semblent dépendre de performances ou du respect des attentes sociales.

 

Milieu avec précarité matérielle ou relationnelle : environnement relationnel d'enfance dans lequel les ressources financières ou affectives du donneur de soin sont limitées et instables ou perçues comme telles.


Milieu avec modèle culturel ou parental sacrificiel : environnement d’enfance dans lequel des valeurs d’abnégation et de sacrifice sont fortement promues ou incarnées par le parent à travers une tendance excessivement conciliante. 


Les 6 schémas à l’origine du manque d’affirmation


Méfiance : Perception du monde social comme hostile et malveillant par défaut. 


Perfectionnisme : Exigence et standard élevés envers soi-même, reconnaissance sociale perçue comme finalité essentielle de la vie. 


Infériorité/défaillance : Sentiment profond de ne pas être à la hauteur, de valoir moins que les autres, d’avoir ou d’être un problème s’associant du sentiment d’être à part ou dysfonctionnel dans les relations sociales. 


Rejet : Questionnement sur sa valeur propre et sur la fiabilité du lien à l’autre s’associant de la surestimation du risque d’être repoussé par autrui ou de la gravité à ne pas être apprécié.


Abandon : Questionnement sur la fiabilité du lien à autrui s’associant d’une surestimation du risque d’être abandonné ou de la gravité d’une séparation/distance à l’autre.


Abnégation : Valeur rigide de sacrifice pour l’autre s’associant d’une tendance excessive à négliger ses besoins propres pour autrui sans que ça ne soit nécessaire. 


La notion de “constellations de schémas”


En pratique, chacun des 4 milieux infantile peut conduire à chacun des 6 schémas. De plus, 

une personne peut être sujette à tout ou partie des 4 milieux infantile et tout ou partie des 6 schémas. C’est d’ailleurs davantage la règle que l'exception. 


Ainsi, on parle de constellation de schémas pour décrire l’interaction entre plusieurs schémas. Par exemple, une personne peut avoir été soumise à un milieu infantile dans lequel son parent la comparait de façon humiliante aux autres enfants puis vantait ses mérites lorsqu' elle excellait au sport. Cette association entre un milieu vécu comme maltraitant et prodiguant un amour conditionnel peut conduire à un schéma d’infériorité et de méfiance. Or, elle peut également développer un schéma perfectionniste ayant une fonction de protection (être irréprochable pour se protéger de la malveillance supposée d’autrui) et de revalorisation (combler le sentiment d’infériorité par la performance au travail). 


La carte ci-dessous expose les profils que j’ai le plus fréquemment observés afin de vous fournir un outil d’identification de votre construction personnelle et des pistes de réflexion susceptibles de vous aider.  


  1. Liens fréquents entre milieux infantiles et schémas.

Les flèches indiquent les liens les plus fréquents, les pointillés indiquent les liens plus occasionnels.


  1.  Constellations de schémas les plus fréquentes dont découlent les enjeux, pensées et émotions posées sur les situations freinant l’affirmation au quotidien. 

Les flèches indiquent les liens les plus fréquents, les pointillés indiquent les liens plus occasionnels.


  1. Pistes de réflexions permettant de commencer à questionner les schémas susceptibles d’être à l’origine d’un manque d’affirmation. 

Ces pistes sont davantage développées dans le podcast associé.



Profils de manque d’affirmation

Issus de mon expérience professionnelle



Conclusion


L’affirmation permet d’améliorer le respect de soi, d'autrui et, enfin, d’occuper sa juste place parmi les autres. C’est une compétence psychologique centrale, a fortiori dans les sociétés occidentales où l’individualisme fait de l’harmonisation des libertés un enjeu central. 

Prendre le temps de questionner les schémas qui interfèrent avec l’affirmation de soi et la sanité de nos relations à l’autre à long terme concours à notre plus grand bien et à celui d'autrui. 


Pensée ainsi, l’affirmation de soi ne relève ni d’un repli individualiste ni d’un simple outil de confort personnel, mais d’une responsabilité relationnelle dans des sociétés où l’harmonie entre individus libres ne va plus de soi.

 
 
 

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